Angélique Mariet

Interprète, traductrice et autrice
Je partage mon amour pour le Japon sur internet depuis plus de 10 ans.

creative scrapbooking stationery and accessories

Nostalgie des années 90 : L’engouement pour les autocollants (シール) au Japon

Ces derniers mois, une activité connaît un véritable retour en force au Japon : collectionner des autocollants.

Le principe est simple : au lieu d’utiliser immédiatement leurs stickers préférés pour décorer un cahier ou un agenda, beaucoup les conservent dans un carnet ou un classeur appelé shiiru-chô (シール帳), littéralement un “carnet à autocollants”. Certaines personnes classent leurs planches par couleur, d’autres par personnage ou par univers. Le classeur, que l’on peut même personnaliser avec des pendentifs, devient alors bien plus qu’un simple support de rangement.

Classeurs à autocollants transparents
Les classeurs à autocollants | Crédit : Amazon

Parmi les produits les plus populaires, on retrouve notamment les stickers en relief et très visuels, comme les Bonbon Drop (ボンボンドロップ) ou les Water in Seal (ウォーターインシール). Brillants, bombés et colorés, ils donnent immédiatement au classeur un aspect plus précieux et renforcent l’impression de posséder une vraie collection.

Comparaison entre des autocollants bombés en relief et des autocollants bombés avec de l'eau à l'intérieur
Les autocollants les plus populaires | Crédit : Mercari Japan

Je trouve cette tendance intéressante pour le contraste qu’elle crée avec notre époque. Alors que les enfants grandissent dans un environnement dominé par les écrans, ce qui les attire ici est justement quelque chose de tangible, que l’on peut feuilleter, transporter avec soi et montrer à ses ami(e)s. Ils comparent leurs trouvailles, montrent leurs préférés, échangent certaines planches.. Tous les stickers n’ont pas la même valeur symbolique : certains sont plus recherchés, plus rares ou plus à la mode, un peu comme nous, à l’époque, avec nos feuilles Diddl ou nos Pogs. En plus de créer du lien, les parents soulignent que ça leur apprend aussi à attribuer de la valeur aux objets, à faire des choix et à négocier.

En parlant des parents, ce ne sont pas seulement les enfants qui se passionnent pour cette tendance ! De nombreuses mères et de jeunes adultes s’y intéressent aussi, ou renouent avec cet univers, parce qu’il leur rappelle leur propre enfance. Plusieurs médias japonais relient d’ailleurs ce boom au retour de l’esthétique de l’ère Heisei, notamment à travers les codes de la 平成女児 (heisei joji). Cette expression renvoie à la fois aux petites filles ayant grandi dans les années 1990 et 2000, et à tout l’univers visuel qui leur était associé : accessoires mignons, couleurs vives, papeterie, objets décoratifs et culture du kawaii propre à cette époque.

Aperçu d'une chambre typique de l'ère Heisei avec des posters de licences et de groupes populaires
Crédit : @nekurayarou_ sur Instagram

La mode des stickers n’est donc pas portée par un seul public. Elle réunit plusieurs générations autour d’un même objet, mais pas pour les mêmes raisons. Les plus jeunes y voient un jeu et une collection, tandis que les plus âgés y retrouvent une ambiance familière, des souvenirs, voire une forme de réconfort. Et ce n’est pas du tout un phénomène de niche : la demande a été si forte pour certains produits qu’elle a provoqué des ruptures de stock, des files d’attente, et même des restrictions de vente dans certaines enseignes comme LOFT.

Comme souvent au Japon, une tendance qui peut sembler superficielle au premier abord révèle en réalité beaucoup de choses sur le rapport aux objets, au souvenir et aux liens sociaux. J’ai aussi l’impression qu’elle s’inscrit dans un mouvement plus large, que l’on voit beaucoup sur les réseaux sociaux notamment chez les personnes de ma génération (entre la fin de la vingtaine et le début de la trentaine), qui est cette nostalgie des années 90 et la « digital detox », l’envie de retrouver des passe-temps matériels pour se détacher des écrans.

En savoir plus sur Angélique Mariet (TOKIMEKI) | Traductrice & interprète japonais–français

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