Depuis quelques semaines, un groupe japonais au concept assez improbable circule beaucoup sur les réseaux sociaux. Quatre hommes en costumes colorés, une chorégraphie volontairement théâtrale, un refrain qui sonne comme une conversation du Kansai, et une esthétique rétro tellement assumée qu’elle en devient immédiatement reconnaissable : bienvenue dans l’univers de Monaki (モナキ) !

Monaki se présente comme un groupe masculin de 歌謡コーラス (kayô chorus), ou groupe vocal inspiré de la chanson populaire japonaise. Le style repose sur des harmonies vocales, une mise en scène très marquée, des costumes voyants et une ambiance qui évoque davantage les spectacles populaires japonais que les boys bands internationaux actuels. On peut citer comme exemple les groupes Hiroshi Uchiyamada and Cool Five, Los Indios, Toshi Ito with Happy and Blue, ou plus récemment SHOW-WA et MATSURI, produits par Yasushi Akimoto, le producteur des AKB48.
Une histoire de seconde chance
Le nom Monaki vient de l’expression 名もなき者たち (na mo naki mono-tachi), c’est-à-dire “ceux qui n’ont pas encore de nom”, ou “ceux qui ne sont pas encore devenus quelqu’un”. Ce nom correspond très bien à l’histoire du groupe, puisqu’il est né de l’ »audition de la seconde chance » lancée par Kazuyoshi Sakai, le leader du groupe Junretsu. D’après plusieurs médias japonais, cette audition a attiré environ 1000 candidats avant de donner naissance au groupe actuel.
Les membres ont des profils assez différents des idols masculines que l’on voit souvent débuter très jeunes. Jin, 39 ans, et Kenken, 29 ans, ont notamment une expérience d’acteurs, avec des apparitions dans des séries de sentai. Sakai Jr., 37 ans, est architecte et a une femme et des enfants, tandis que Oyone, 28 ans, travaillait en usine tout en continuant à rêver de devenir chanteur.
Les petits frères de Junretsu
Kazuyoshi Sakai produisant le groupe, Monaki sont considérés comme les petits-frères de Junretsu, un groupe japonais notamment connu pour ses concerts dans les super sentô, ces grands établissements de bains publics où l’on trouve souvent des restaurants, des espaces de repos et parfois des scènes de spectacle.
Cette filiation explique beaucoup de choses. Comme Junretsu, Monaki s’inscrit dans une tradition du divertissement populaire, où la proximité avec le public est essentielle. On est loin de l’image du groupe masculin inaccessible, entièrement construit autour de la perfection visuelle et de la distance avec les fans. Ici, le charme vient aussi du contact, de l’humour, du côté humain et parfois un peu maladroit.
Pourquoi leur chanson a explosé sur TikTok ?
Leur premier single, ほんまやで☆なんでやねん☆しらんけど, est probablement l’un des titres les plus mémorables de cette année dans la pop japonaise. Rien que le titre donne le ton : il s’agit d’une suite d’expressions typiques de la région du Kansai, que l’on pourrait traduire, en se basant sur le contexte de la chanson, par “Je te jure !”, “Mais qu’est-ce que je raconte ?” et “Enfin, je dis ça comme ça…”. C’est absurde, très oral, immédiatement reconnaissable, et surtout très facile à retenir. Mais le vrai moteur du buzz, c’est la chorégraphie. Elle est assez simple pour être reprise en vidéos courtes et forcément, de nombreuses personnalités s’y sont essayées ce qui a permis au morceau d’être mis en avant.
Le titre a été sélectionné comme Monthly Artist du programme Buzz Tracker, lancé par TikTok Japan et Spotify Japan pour mettre en avant des artistes en pleine émergence. Les chiffres ont rapidement suivi : leur clip a dépassé plusieurs millions de vues, leur chanson a franchi le million d’écoutes sur Spotify, et leur popularité a même provoqué l’annulation de plusieurs événements promotionnels pour des raisons de sécurité, l’affluence prévue étant trop importante.
Un phénomène éphémère ?
La vraie question, maintenant est de savoir si Monaki restera un phénomène durable ou si le groupe n’aura qu’un buzz éphémère. Pour l’instant, il est encore trop tôt pour le dire, mais on ne peut pas nier qu’ils commencent fort : ils ont une identité propre et marketable, ils s’inscrivent dans le mouvement du retour de l’esthétique rétro, leur promotion adapte ces codes anciens aux réseaux sociaux modernes de manière à entretenir la viralité, et ils restent proches de leurs fans alors que le public japonais réclame de plus en plus de groupes plus populaires qui s’éloignent de l’image des boys band internationaux inaccessibles. Les membres ont déjà exprimé leur envie de se faire connaître au-delà du Japon, on peut donc imaginer les voir bientôt dans des événements liés à la culture japonaise à l’international.

